Pour moins d’une cinquantaine d’euros et sans une seule soudure, chacun peut assembler un capteur de particules fines et publier ses mesures en open data. C’est ce que j’ai découvert lors d’un atelier à OctoberMake, le rendez-vous annuel des Fablab piloté par le RFFLabs, vendredi 9 octobre 2026 à Rennes, et qui m’a donné envie de monter un capteur à mon tour.
À l’origine : Ambassad’Air, quand les Rennais mesurent leur air
Ambassad’Air est une opération portée par la Ville de Rennes et la Maison de la consommation et de l’environnement (MCE), qui vise à mobiliser les habitants sur la qualité de l’air. Elle existe depuis 2016. Le constat de départ : l’air rennais est de qualité moyenne, avec des pics de dioxyde d’azote et de particules fines, et, selon la page du projet sur Wiki-Rennes, l’agglomération figurait parmi celles concernées par la procédure engagée par la Commission européenne contre la France sur la qualité de l’air.
L’idée est de confier une partie de la mesure aux habitants eux-mêmes. Inspiré du projet Smart Citizen de Barcelone, Ambassad’Air s’appuie sur des micro-capteurs open source et poursuit plusieurs objectifs :
- développer l’expertise citoyenne sur la qualité de l’air
- affiner la connaissance de l’air rennais par un maillage de mesure plus dense
- diffuser la culture de l’open source et de l’open data
- faire émerger des propositions de la société civile
- faire évoluer les comportements, notamment de mobilité
La MCE anime le projet avec des associations locales du numérique, de la mobilité et de proximité, comme Bug, Gulliver ou Les Petits Débrouillards. Le projet a bénéficié du soutien technique et financier de l‘ADEME, via l’appel à projets AACT-Air.
Deux types de capteurs coexistent. Le premier est mobile : l’AirBeam, open source, mesure les particules fines PM2.5 et communique en Bluetooth avec un smartphone. Il est prêté aux volontaires et convient bien aux mesures en déplacement, à pied ou à vélo. Le second est fixe : Ambassad’Air soutient le déploiement de capteurs « Luftdaten », conçus par un lab de Stuttgart, à monter soi-même, qui mesurent les particules fines en continu et publient leurs données en open data. Le réseau Luftdaten s’appelle aujourd’hui Sensor.Community.
C’est ce capteur fixe que j’ai découvert à Rennes, lors d’OctoberMake 2026, co-organisé par le RFFLabs et localement par le LabFab.

Le LabFab est à la fois un réseau de lieux et une communauté de pratiques autour de la fabrication numérique. Né en 2012 comme fablab de Rennes, il s’est déployé dès 2013 sous la forme d’un réseau de lieux répartis sur le territoire. Le LabFab rennais figure parmi les partenaires de l’opération Ambassad’Air et l’association Bug qui participe à son animation compte aussi parmi les membres fondateurs du LabFab.
L’atelier « Détecter la crise : capteurs citoyens »
L’atelier s’est tenu le vendredi 9 octobre 2026 à la Maison des associations de Rennes, dite « le 360 ». Il faisait partie d’OctoberMake 2026, la rencontre annuelle du Réseau français des fablabs, organisée à Rennes du 7 au 10 octobre avec le LabFab, sur le thème « Des makers et des lieux face à l’urgence ».
Son idée directrice : assembler des composants low-tech pour fabriquer un capteur, et faire des données recueillies un bien commun, utile pour anticiper les crises et y réagir. L’atelier était porté par l’énergie participative de Norbert Friant.
Un monde fluctuant et multicrise
Norbert Friant a ouvert la matinée sur un constat : nous vivons dans un monde fluctuant, traversé par plusieurs crises à la fois. Les scientifiques définissent neuf limites planétaires et sept sont déjà franchies selon le bilan publié en septembre 2025 par l’Institut de recherche sur le climat de Potsdam. Le constat rejoint celui des chercheurs du CERI de Sciences Po pour qui les crises se cumulent et s’entremêlent au point de ne plus pouvoir être traitées séparément ; ils en recensent une dizaine, de la guerre en Ukraine au dérèglement climatique. Des marges de manœuvre existent pourtant : j’en détaille six en annexe* en fin d’article.

Face à cette instabilité, il expose la notion de « juste nécessaire », et l’opposition que fait le biologiste Olivier Hamant entre performance et robustesse. La performance optimise tout, au risque de la fragilité ; la robustesse privilégie la capacité à rester stable malgré les fluctuations.
Des citoyens qui s’organisent
Face au modèle imposé (l’exemple des géants du numérique), les citoyens peuvent s’organiser, et les pistes sont nombreuses pour agir :
- les sciences libres et les données ouvertes
- le reconditionnement et la seconde vie des objets
- la production locale
- les capteurs citoyens, comme le réseau Sensor.Community ou l’OpenBikeSensor
Norbert Friant a notamment cité l’OpenBikeSensor, un capteur de cyclabilité. Fixé sur un vélo, ce boîtier open source mesure la distance à laquelle les voitures dépassent le cycliste et la localise par GPS. Mises en commun sur un portail, les mesures de nombreux cyclistes dessinent une carte des dépassements dangereux, utile aux associations comme aux urbanistes pour décider où aménager. Le projet est né à Stuttgart, comme Sensor.Community et a reçu le Prix allemand du vélo en 2022.
Autre piste évoquée : les réseaux LoRa pour « Long Range ». Cette technologie radio transmet de petites quantités de données sur plusieurs kilomètres avec très peu d’énergie : exactement ce dont un capteur a besoin. En réseau maillé (mesh) chaque boîtier relaie les messages des autres, sans antenne relais, sans connexion Internet ni serveur central ; plus il y a de nœuds, plus le réseau porte loin. Le projet open source Meshtastic en est l’exemple le plus connu : lors de l’ouragan Helene aux États-Unis en 2024, il a permis à des habitants de continuer à communiquer quand les réseaux étaient tombés. Rennes n’est pas en reste dès 2014, le LabFab menait le projet LoRa Fabian (tu l’as?) autour de cette technologie, développée notamment par des chercheurs de Télécom Bretagne.
Tout cela relève de l’empowerment, la capacité d’agir qu’on acquiert par la pratique, une notion très fablab. Elle passe par la transmission de savoirs, l’échange de compétences entre citoyens et l’apprentissage collectif.
Un cadre : neutralité, fiabilité, sécurité
Ces démarches ont des règles : les données produites doivent être neutres et fiables, et les dispositifs sûrs. Soyons clairs, l’idée n’est pas de concurrencer l’action publique ou celle des collectivités, mais de s’y hybrider, justement parce que les données sont ouvertes.
D’où le mot d’ordre de la matinée : prototypons ensemble !
L’effet réseau
La participation citoyenne vise des effets combinatoires. Norbert Friant rappelait que l’utilité d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre de ses utilisateurs : un réseau dix fois plus grand devient cent fois plus utile. C’est la loi de Metcalfe. Cette multiplication des liens donne de la puissance aux projets d’innovation, et ainsi aide à repérer les initiatives comme les attentes.

La question posée à la salle résume l’enjeu : vaut-il mieux un réseau de 10 capteurs à 5 000 €, ou 5 000 personnes équipées d’un capteur à 25 € ? Les premiers sont plus précis, mais ne couvrent que dix points de mesure. Les seconds quadrillent un territoire, mesurent au plus près des habitants, et chacun n’y dépense que 25 €. (ndlr : ce prix suppose un achat groupé ; acheté à l’unité, le même capteur revient plutôt à 45 à 65 €, comme détaillé plus loin.) Surtout, ils créent 5 000 personnes qui savent mesurer, comprendre et discuter la qualité de leur air.
Durant l’atelier en dernier temps était prévu : l’assemblage du fameux capteur de qualité de l’air. Il n’a pas pu avoir lieu, car nous étions trop nombreux. C’est ce qui m’a donné envie de monter un capteur à mon tour : la suite de cet article est ma feuille de route, du matériel à réunir jusqu’à la mise en ligne des mesures.
Rappel : je suis bibliothécaire, pas informaticien ni ingénieur. J’ai pu mener ce projet au Bibliofab parce qu’il est excellemment documenté par le LabFab, le réseau des fablabs de Rennes (lien en source).
[En rouge dans l’article, les tâches en cours]
Le matériel et son coût
Le capteur repose sur trois composants électroniques, complétés par quelques accessoires et un boîtier découpé au laser. Aucune soudure n’est nécessaire : tout se branche avec des câbles à connecteurs.

Le cerveau : la carte NodeMCU ESP8266
Le NodeMCU est une petite carte de développement construite autour de la puce ESP8266, un microcontrôleur avec Wi-Fi intégré (2,4 GHz). C’est elle qui interroge les capteurs, met en forme les mesures et les envoie sur Internet. Elle s’alimente et se programme par son port USB, et fonctionne en logique 3,3 V.
Point d’attention à l’achat : il existe deux variantes courantes. Sur la version « Amica », la broche VIN sert à la fois d’entrée et de sortie 5 V. Sur la version « LoLin » (souvent vendue comme V3), le 5 V de l’USB sort sur une broche distincte, notée VU. Le branchement du capteur de particules en dépend.
Le capteur de particules fines : le SDS011
C’est l’élément central du montage, et le plus cher. Fabriqué par Nova Fitness, le SDS011 mesure la concentration de particules par diffusion de lumière. Il contient un petit ventilateur, une entrée et une sortie d’air, une diode laser et une photodiode : l’air aspiré traverse le faisceau laser, et la lumière diffusée par les particules est convertie en concentration.
Ses caractéristiques principales :
- mesure des PM2.5 et des PM10 pour des particules de 0,3 à 10 µm
- plage de mesure de 0 à 999,9 µg/m³, avec une résolution de 0,3 µg/m³
- alimentation en 5 V, communication série (UART) en 3,3 V
- dimensions de 70 × 70 × 24 mm pour 70 g
- température de fonctionnement de −10 à 50 °C
- durée de vie de la diode laser : jusqu’à 8 000 heures en fonctionnement continu
Ce dernier point explique pourquoi le capteur ne mesure pas en permanence : il s’active par intervalles, ce qui prolonge sa durée de vie.
Le Capteur de température et d’humidité : le DHT22
Le DHT22 (aussi vendu sous la référence AM2302) est un petit capteur numérique qui mesure la température, de −40 à 80 °C à ± 0,5 °C près, et l’humidité relative, de 0 à 100 %. Il se trouve nu, le corps mesurant alors 15,1 × 25 × 7,7 mm, ou monté sur un petit module à trois broches de 38 × 15 × 5 mm, la version utilisée ici. Il s’alimente en 3,3 V et transmet ses mesures sur un seul fil de données.
Son rôle dépasse la simple météo : par forte humidité — au-delà d’environ 70 % d’humidité relative, seuil couramment retenu dans la communauté Sensor.Community — les gouttelettes d’eau en suspension sont comptées comme des particules et le SDS011 surestime la pollution. La mesure d’humidité permet de repérer ces valeurs douteuses.
Les accessoires
- Câbles de connexion : 7 câbles Dupont femelle-femelle pour relier les capteurs à la carte.
- Tuyau souple : environ 15 cm, de 6 mm de diamètre intérieur et 8 mm extérieur, fixé sur l’entrée d’air du SDS011.
- Alimentation USB : 5 V, 1 A minimum, avec un câble micro-USB assez long pour atteindre une prise depuis l’extérieur.
- Boîtier : sept pièces découpées au laser, décrites dans la section suivante.
- Visserie : 3 vis M3 × 20 et 4 vis M3 × 12 avec leurs écrous, 3 entretoises de 6 mm, 4 colliers de serrage fins (2,5 mm), 4 rondelles larges pour la plaque imprimée.
- Plaque-grille : imprimée en TPU, 64 × 40 mm, elle remplace la moustiquaire (voir plus loin).
Le budget
| NodeMCU ESP8266 Microcontrôleur Wi-Fi | 4 à 8 € (estimation) |
| SDS011Particules fines PM2.5 et PM10 | 28 à 35 € |
| DHT22 Température et humidité | 3 à 6 € (estimation) |
| Câbles Dupont, tuyau souple, connexions et prise d’air | 2 à 4 € (estimation) |
| Alimentation USB et câble micro-USB | 5 à 8 € (estimation) |
| Planche de 5 mm, visserie, colliers, grille Boîtier | 3 à 6 € (estimation) |
| Total | ≈ 45 à 65 € |
Le capteur SDS011 représente à lui seul plus de la moitié du budget : il se trouve à 32,50 € TTC hors port chez un revendeur allemand, et autour de 28 € en import direct de Chine, avec des délais plus longs. À titre de comparaison, un particulier ayant documenté son propre montage arrive à un total de 49,33 €, et un analyseur d’air extérieur du commerce coûte entre 100 et 500 €.
Le boîtier en découpe laser
Le montage classique du réseau Sensor.Community loge l’électronique dans deux coudes de canalisation en PVC. J’ai préféré un boîtier découpé au laser, « fabricable » dans un fablab. Faute d’avoir trouvé un modèle complet prêt à l’emploi, il a été dessiné pour ce projet.
Il y a deux fichiers de découpe, un par matériau : boitier_corps_5mm_v4.svg pour le corps et boitier_couvercle_4mm_v6.svg pour le couvercle. Leurs caractéristiques :

Pour une version avec la façade en Plexi (PMMA acrylique) 4 mn
- Format : une boîte à queues droites en six panneaux, de 150 × 162 × 49 mm hors tout, plus une petite plaque porte-grille. Le corps tient sur une planche de 340 × 282 mm, le couvercle sur une chute de 158 × 170 mm.
- Matériau : contreplaqué de 5 mm pour le corps, PMMA transparent de 4 mm pour le couvercle. Le dessin du corps ne compense pas le trait de coupe : les assemblages ont un léger jeu et se collent à la colle à bois. Le couvercle, lui, prévoit 0,15 mm de jeu par côté dans ses encoches.
- Dos : il porte les trois trous de fixation du SDS011, les fentes pour les colliers du NodeMCU et deux trous de 4,5 mm pour la fixation murale.
- Dessous : toutes les ouvertures y sont regroupées pour limiter l’entrée de pluie. On y trouve le trou du tuyau (8,5 mm), le passage du câble USB, une fenêtre de 17 × 9 mm par laquelle le module DHT22 dépasse à l’extérieur, et une fenêtre d’aération de 36 × 22 mm.
- Plaque grille : vissée sous le dessous par quatre vis M3, elle ferme la fenêtre d’aération.
- Façade : elle sert de couvercle et ne se colle pas. En PMMA transparent, elle laisse voir les composants, ce qui est commode pédagogiquement pour présenter le capteur. Attention à la profondeur de ses languettes : mélanger deux épaisseurs oblige à les raccourcir à 4 mm, l’épaisseur du couvercle. Elles s’arrêtent alors 1 mm avant la face extérieure des parois, un retrait invisible une fois la boîte montée. Avec 5 mm, elles butent au fond des encoches et le couvercle ne ferme pas.
(IMPORTANT VÉRIFIEZ les percements selon le matériel commandé)
Variante imprimée. La plaque et sa moustiquaire peuvent être remplacées par une seule pièce imprimée en 3D, aux mêmes cotes : 64 × 40 × 2 mm.

Imprimez à plat, sans support, en PETG ou en TPU selon l’emplacement. Dehors, la faiblesse du PETG est l’ultraviolet, qui le jaunit et le fragilise à la longue ; celle du TPU est l’hydrolyse, qui ne dépend pas de la lumière : les TPU à base polyester se dégradent lentement au contact de l’humidité, ceux à base polyéther y résistent beaucoup mieux. J’ai choisi le TPU, le boîtier étant à l’abri de la lumière. Sa souplesse apporte un avantage inattendu : la plaque fait office de joint et épouse les irrégularités du contreplaqué. En revanche le TPU se tasse sous une charge permanente, donc serrez modérément et glissez une rondelle large sous chaque tête de vis. L’empilement passant de 10 à 7 mm, des vis M3 × 12 remplacent les M3 × 16.
[FICHIER : grille_aeration.stl — « Le fichier STL est téléchargeable ici »]
Deux choix de conception méritent une explication. Le NodeMCU est tenu par des colliers plutôt que par des vis, parce que ses dimensions varient d’une version à l’autre. Le DHT22 traverse la paroi pour mesurer l’air extérieur : enfermé dans le boîtier, il serait réchauffé par l’électronique.
(À revoir : la fenêtre du DHT22 mesure 17 × 9 mm et le module 38 × 15 × 5 mm — vérifier sur le boîtier d’essai que le module passe, et corriger le percement.)
La plaque grille et le capteur de température à travers la paroi sont deux idées reprises du kit de Curious Electric, dont la platine a aussi permis de recouper la position des trous du SDS011.

Supporter l’extérieur : la casquette et le joint
Un capteur d’air doit respirer : la fenêtre d’aération et celle du DHT22 restent ouvertes par construction. L’objectif n’est donc pas une boîte étanche, mais une boîte où l’eau liquide n’atteint jamais l’électronique. Trois mesures, par ordre d’efficacité.
Une casquette pare-pluie. C’est le meilleur rapport effort/résultat : si l’eau n’arrive pas sur la jonction plexi-contreplaqué, il n’y a rien à étancher. Elle se découpe en trois pièces dans la même chute de 5 mm, sur une planche de 180 × 190 mm.

Une semelle de 150 × 49 mm, exactement l’empreinte du dessus du boîtier, se colle à plat dessus, face contre face. Deux joues en rampe, de 30 mm au mur à 10 mm à l’avant, se glissent dans ses mortaises. Le toit, 170 × 81,5 mm, déborde de 30 mm à l’avant et de 10 mm sur chaque côté : l’eau s’écoule vers l’avant et tombe devant la façade, à l’écart du joint. Elle protège de la pluie verticale, pas d’une pluie battante à l’horizontale.
Le traitement du bois. Le point faible n’est pas l’interstice, c’est le contreplaqué : les chants découpés au laser boivent l’eau et le bois délamine en quelques mois. Plusieurs couches de vernis marin ou d’époxy sur toutes les faces, et surtout sur les chants, y compris dans les encoches. À faire avant le collage. Gardez le vernis loin du plexi, que la plupart des solvants fissurent.

Option :
Un petit joint moulé sur place. Déposez un petit cordon de mastic sur le pourtour du corps, enduisez la tranche du couvercle d’eau savonneuse, pressez, laissez polymériser : le joint reste sur le corps et le couvercle se retire quand même. Prenez un mastic silicone neutre ou un MS polymère, jamais un silicone acétique, celui qui sent le vinaigre : l’acide acétique fissure le PMMA sous contrainte, et les craquelures apparaissent des semaines plus tard. Un joint souple est de toute façon préférable à un joint rigide, car le bois et le plexi ne travaillent pas de la même façon avec l’humidité et la température.
Le câblage
L’assemblage se fait en trois temps : câbler et tester l’électronique à plat sur la table, fixer les composants sur le dos du boîtier, puis monter la boîte autour. Une erreur de branchement se corrige en dix secondes sur la table, beaucoup moins facilement au fond d’une boîte.
Les câbles Dupont s’enfichent directement sur les broches, sans soudure. Les noms des broches sont imprimés sur les cartes.
| Capteur | Broche du capteur | Broche du NodeMCU |
|---|---|---|
| SDS011 | TXD | D1 |
| SDS011 | RXD | D2 |
| SDS011 | GND | GND |
| SDS011 | 5V | VU (version LoLin V3) ou VIN (version Amica) |
| DHT22 | +, alimentation | 3V3 |
| DHT22 | Out, données | D7 |
| DHT22 | −, masse | GND |
Trois points d’attention :
- Le 5 V du SDS011 est la seule connexion qui dépend de la version de la carte. Sur une LoLin, la broche VIN ne fournit pas de courant : il faut utiliser VU.
- Le DHT22 est ici monté sur un petit module à 3 broches, la version la plus courante. Chaque broche porte un signe imprimé (+, out, −) dont l’ordre varie selon le fabricant : se fier à ces signes, pas à la position. Le capteur nu, lui, a 4 broches, numérotées de gauche à droite grille face à soi, la troisième restant libre. Ses pattes sont fragiles : enficher les câbles sans forcer.
- Les connecteurs Dupont tiennent par simple friction. Un morceau de ruban adhésif autour de chaque groupe de câbles ou un collier plastique évite qu’ils se débranchent pendant le montage.

C’est plus clair avec un schéma —>

Brancher le NodeMCU sur une alimentation USB. Le ventilateur du SDS011 doit se mettre à tourner. Si rien ne se passe, vérifier d’abord la broche 5 V (VU ou VIN), puis la masse.
C’est le bon moment pour installer le firmware, tant que la carte est accessible.
Installation du logiciel et inscription
Le NodeMCU est livré vide : il faut y installer le micrologiciel (firmware) du projet, le connecter au Wi-Fi du lieu d’installation, puis déclarer le capteur sur la plateforme Sensor.Community. Compter une demi-heure par capteur.
Étape 1 : installer le firmware
Le guide officiel recommande de faire cette étape avant le montage dans le boîtier, la carte branchée à l’ordinateur.
- Télécharger l’outil de flashage sur la page des versions du projet. Il existe pour Windows, macOS et Linux.
- Installer le pilote USB si nécessaire. Il dépend de la puce de la carte, indiquée au verso : CH340 ou CH341 pour la V3, CP2102 pour la V2. Windows 10/11 l’installe en principe tout seul, macOS demande une installation manuelle et un redémarrage, Linux n’en a pas besoin.
- Pilote de la puce CP2102, chez Silicon Labs : silabs.com/developers/usb-to-uart-bridge-vcp-drivers. Prenez « CP210x Universal Windows Driver », puis décompressez l’archive avant de l’installer.
- Pour mémoire, le pilote d’une carte V3 à puce CH340 se trouve sur le site de WCH : wch-ic.com/downloads/CH341SER_EXE.html.
- Brancher le NodeMCU avec un câble micro-USB court (moins d’un mètre) et capable de transférer des données (important !). Beaucoup de câbles ne servent qu’à la recharge : c’est la première cause d’échec.
- Vérifier quel port COM correspond à la carte. Sur un PC Windows équipé du Bluetooth, l’outil propose aussi des ports « Lien série sur Bluetooth standard », qui ne sont pas la carte : flasher vers l’un d’eux se termine par un message « write timeout » et le firmware n’est pas installé — la carte continue d’émettre un réseau
ESP-au lieu deairRohr-. Ouvrez le Gestionnaire de périphériques, rubrique « Ports (COM et LPT) », et regardez quel port apparaît quand vous branchez la carte. Un périphérique inconnu signalé par un triangle jaune veut dire qu’il manque le pilote de l’étape 2. Mon NodeMCU était une V2 à puce CP2102 : il a fallu installer ce pilote à la main pour que la carte apparaisse sur COM5. - Lancer l’outil, vérifier que la carte est détectée, choisir le firmware
latest_fr.binet cliquer sur « Téléverser ». L’opération dure quelques secondes. - Noter l’identifiant du capteur affiché dans la barre d’état, en bas de la fenêtre. Ce numéro servira à l’inscription. L’écrire sur une étiquette collée sur le boîtier évite de le perdre.
Étape 2 : connecter le capteur au Wi-Fi
- Alimenter le capteur. Faute de réseau connu, il crée son propre point d’accès Wi-Fi, nommé
airRohr-suivi de son identifiant. Il peut mettre une à cinq minutes à apparaître. - S’y connecter avec un téléphone ou un ordinateur. Le mot de passe par défaut est
airrohrcfg. - Ouvrir
http://192.168.4.1/dans un navigateur. - Dans la page « Configuration », saisir le nom et le mot de passe du Wi-Fi sur lequel le capteur fonctionnera.
- Vérifier que les capteurs SDS011 et DHT22 sont bien sélectionnés.
- Enregistrer. Le capteur redémarre et rejoint le réseau indiqué.
(À faire : une capture d’écran lors du prochain flashage.)
Trois pièges fréquents :
- Le point d’accès se coupe au bout d’une dizaine de minutes. Il suffit de débrancher et rebrancher le capteur pour le relancer.
- Sur Android, si la connexion saute aussitôt, désactiver l’option « réseau intelligent » dans les réglages Wi-Fi.
- Plusieurs capteurs peuvent émettre en même temps. Si un voisin a le sien, l’identifiant noté à l’étape 1 permet de reconnaître le bon.
Étape 3 : inscrire le capteur
- Créer un compte sur devices.sensor.community.
- Une fois connecté, choisir « Enregistrer un nouveau détecteur ».
- Remplir le formulaire :
- l’identifiant du capteur ;
- une adresse e-mail, qui n’est pas publiée ;
- l’adresse postale du lieu d’installation, puis « Chercher une adresse » pour placer le capteur sur la carte (ajuster l’épingle au besoin) ;
- un nom pour la station ;
- son environnement : hauteur, position par rapport à la rue, trafic.

Un point rassurant : les coordonnées publiées sont arrondies, de sorte que la carte ne désigne pas le logement exact.
Étape 4 : vérifier que les mesures arrivent
Une dizaine de minutes après la configuration, les premières mesures sont consultables. Deux moyens de vérifier :
- la carte maps.sensor.community, où la station doit apparaître ;

- le tableau de bord du capteur, à l’adresse
https://api-rrd.madavi.de/grafana/d/GUaL5aZMz/pm-sensors?orgId=1&var-chipID=esp8266-[ID], en remplaçant[ID]par l’identifiant.

[À vérifier] Par la suite, la page du capteur reste accessible depuis le réseau local :
- Par son nom : taper
http://airRohr-suivi de l’identifiant et de.local, par exemplehttp://airRohr-1846959.local. Cela fonctionne en général sur Mac, iPhone, iPad et sur les PC Windows récents, mais souvent pas sur Android. - Par son adresse IP, si le nom ne répond pas : la lire dans la liste des appareils connectés de votre box, où le capteur apparaît sous le nom
airRohr-…, puis taperhttp://192.168.1.42avec la bonne adresse. - L’onglet de recherche de l’outil de flashage permet aussi de retrouver le capteur et d’ouvrir sa page d’un double-clic.
Montage final
Étape 1 : fixer le SDS011 et le NodeMCU sur le dos
Poser le panneau du dos à plat, face intérieure vers soi, comme sur le plan annoté.
- SDS011 : glisser les trois vis M3 × 20 par l’arrière du panneau, enfiler une entretoise sur chacune, puis poser le capteur, circuit imprimé contre les entretoises, boîtier métallique et ventilateur vers soi. La buse d’aspiration doit pointer vers la gauche. Serrer les écrous sans excès. Si les trois trous ne tombent pas en face des vis, le capteur est à l’envers.
- NodeMCU : le placer au-dessus du SDS011, prise USB vers la gauche, broches vers soi. Le maintenir par deux colliers passés dans les fentes, ou par des vis M3 × 20, un à chaque extrémité de la carte, en dehors des rangées de broches. Trois paires de fentes sont prévues pour s’adapter aux deux longueurs de carte.
- Le DHT22 reste pour l’instant au bout de ses fils.
Étape 2 : monter le boîtier
- Emboîter à blanc le dessous, le dessus et les deux côtés sur le dos, pour vérifier que tout s’ajuste. Le dessous se place avec le trou du tuyau à gauche, côté dos.
- Coller ces cinq panneaux à la colle à bois et les maintenir avec des élastiques ou du ruban adhésif pendant le séchage.
- Visser la plaque grille en TPU (voir photo).
- Ne pas coller la façade : elle sert de couvercle et doit rester amovible pour la configuration et la maintenance. Elle tient par emboîtement, au besoin avec un élastique.
Étape 3 : le tuyau, le DHT22 et le câble
- Tuyau : l’enfoncer sur la buse du SDS011, lui faire décrire une courbe large vers le bas et le passer dans le trou rond du dessous. Le couper pour qu’il dépasse d’un centimètre environ. Il ne doit jamais être pincé ni plié, sinon l’air ne circule plus et la mesure est faussée.
- DHT22 : glisser le module dans sa fenêtre depuis l’intérieur, capteur vers le bas, jusqu’à ce que la partie blanche dépasse sous le boîtier ; les broches restent à l’intérieur, côté câbles.
- Câble USB : passer la fiche micro-USB par le trou oblong du dessous, depuis l’extérieur, et la brancher sur le NodeMCU. Un morceau de mousse autour du câble bouche le passage contre les insectes.
J’ai finalement inversé les passages du tuyau et du câble USB : le tuyau pliait trop, c’est maintenant le câble qui longe la paroi.
(À faire : revoir le plan laser en fonction du passage des câbles et du tuyau.)

Étape 4 : l’installation à l’extétieur
Le boîtier se fixe au mur par les deux trous du dos, à la verticale, ouvertures vers le bas. La buse du SDS011 se retrouve à l’horizontale, l’une des orientations recommandées par son fabricant, et l’électronique est protégée de la pluie.

(Prévoir une V2 du boîtier avec modification des ouvertures)
Points de vigilance
Quatre limites sont à connaître avant d’installer le capteur dehors.
- Ce n’est pas un appareil de référence. Un capteur à diffusion de lumière de ce prix donne des valeurs indicatives : il est précieux pour suivre des tendances, comparer des moments de la journée ou repérer un pic, pas pour conclure au dépassement d’un seuil réglementaire. Les stations d’Air Breizh ou Air Paris par exemple restent la référence pour cela, et il est intéressant de comparer ses propres mesures aux leurs.
- Le DHT22 est un capteur d’intérieur. La documentation du firmware prévient qu’en extérieur il peut rester bloqué à 99,9 % d’humidité après de la condensation, et planter sous fort ensoleillement jusqu’à être redémarré. Elle conseille plutôt un BME280 ou un SHT3x.
- L’humidité fausse la mesure de particules. Par temps très humide ou de brouillard, les valeurs du SDS011 sont surestimées et doivent être lues avec prudence.
- Le contreplaqué brut ne tient pas à la pluie. Il faut le vernir, le coiffer d’une casquette et placer le capteur à l’abri, comme décrit plus haut. Pour une installation de plusieurs années, un boîtier étanche du commerce équipé d’une platine découpée au laser, comme dans le kit de Curious Electric, est une piste plus durable.
La suite
La V2 pour le Bibliofab , une affiche pédagogique explicative puis pourquoi pas, un capteur CO2 ? Et ? Et ?
Et si les bibliothèques s’en mêlaient ?
Un capteur isolé ne peut pas grand-chose : on l’a dit, c’est le maillage qui fait la qualité de la mesure. Or il existe en France un réseau déjà maillé, déjà implanté jusque dans les communes rurales : plus de quinze mille lieux de lecture publique. Une bibliothèque a tout ce qu’il faut pour accueillir un capteur — un mur, une prise, un Wi-Fi, des horaires d’ouverture — et, ce qui est plus rare, quelqu’un pour en parler et une réputation de neutralité qui donne du poids aux données publiées. L’intérêt est citoyen, puisque la donnée est ouverte, vérifiable et discutable par ceux qui habitent là, il est écologique, puisqu’un réseau dense de capteurs voit ce qu’une station unique de référence, seule, ne peut pas voir : par exemple les données d’une rue, d’un carrefour, d’une cour d’école.
Mais l’argument qui me paraît le plus fort est ailleurs, et il est un peu inconfortable. La culture scientifique et technique reste souvent un point faible de la lecture publique. Le capteur me semble le support idéal pour y revenir simplement par une manipulation très concrète — brancher sept câbles, visser une plaque, découper une boîte — En répondant à une question qui intéresse tout le monde : qu’est-ce que je respire ? En chemin, on rencontre un microcontrôleur, une unité de mesure, des capteurs, une licence libre et un jeu de données ouvert. C’est déjà beaucoup de sujets ! Et l’objet continue d’exister après l’atelier : il mesure, il publie, il tombe en panne, il se répare. Pour une cinquantaine d’euros, c’est une médiation au long cours.
Pas besoin d’un Fablab avec ses machines parfois impressionnantes, La proposition est simple : que nos bibliothèques s’en saisissent, formons quelques collègues, achetons les composants et installons dans nos bibliothèques les capteurs au fil des ateliers. Chaque bibliothèque deviendrait alors deux choses à la fois, un point de mesure et un lieu où l’on apprend à mesurer. Deux capteurs dans un département, c’est une curiosité. Cent, cinq cents, c’est une connaissance commune.
Je suis disponible pour en discuter avec qui voudrait s’y mettre !
Sources
Le projet et son contexte :
- Monter son capteur Sensor Community
- Wiki-Rennes, Ambassad’Air
- MCE, livret Ambassad’air, novembre 2019
- Ville de Rennes, fiche « Action – Retour d’expérience » Ambassad’Air
- Motherbase, fiche LabFab Rennes
- GNT, la Terre franchit une septième limite planétaire (Planetary Health Check 2025)
- CERI Sciences Po, « Un monde en crise(s) ? », introduction (2023)
- Gallimard, Tracts n°50, Olivier Hamant, Antidote au culte de la performance
- Institut Open Diplomacy, Précis de lucidité pour négocier un tournant historique : comprendre la polycrise (mai 2026, PDF, via CDurable)
- HLRS, la technologie OpenBikeSensor primée au Prix allemand du vélo
- Transition Vélo, Open Bike Sensor : mesurer la distance de dépassement des vélos
- Sciences Ouest, Quand Rennes devient smart (2015)
- Korben, Meshtastic, le réseau mesh radio qui survit à tout
- Réseau français des fablabs, OctoberMake 2026
- OctoberMake 2026, programme
- OctoberMake 2026, atelier « Détecter la crise : capteurs citoyens »
Le matériel et les prix :
- Joy-IT, fiche technique SDS011
- Components101, Nova PM Sensor SDS011
- Watterott, Nova SDS011 Air Quality Sensor
- Watterott, SDS011-Sensor
- eBay, Nova PM Sensor SDS011
- Adafruit, DHT11, DHT22 and AM2302 Sensors
- Savjee, Building Air Quality Sensor
- HelloPro, Combien coûte un analyseur d’air ?
Le montage, le boîtier et le logiciel :
- Sensor.Community, guide de montage airRohr
- opendata-stuttgart, EN Assembly of parts
- opendata-stuttgart, airrohr-firmware-flasher
- opendata-stuttgart, documentation du firmware airRohr
- FabLab Gdańsk, notice de montage
- Curious Electric, dépôt airQualitySensor
- Silicon Labs, CP210x USB to UART Bridge VCP Drivers
- Soldered, CH340 drivers
*Annexe : six axes pour reconquérir des marges de manœuvre
Face à cette polycrise mondiale, où les crises écologiques, géopolitiques et économiques s’amplifient mutuellement, six axes stratégiques majeurs permettent de reconquérir des marges de manœuvre et d’anticiper les transformations à venir. Je les résume ici d’après le « Précis de lucidité pour négocier un tournant historique : comprendre la polycrise », publié en mai 2026 par l’Institut Open Diplomacy.
- Souveraineté économique et industrielle. L’Europe et les nations doivent transformer leur vulnérabilité en levier en assurant leur autonomie stratégique. Cela passe par la relocalisation des chaînes critiques, la maîtrise technologique et la sécurisation énergétique, réduisant ainsi la dépendance structurelle aux puissances extérieures.
- Réorientation des flux financiers. Il est impératif de reconfigurer les systèmes financiers pour réorienter les capitaux vers des activités durables. L’introduction d’outils visant à réduire les inégalités, éradiquer l’extrême pauvreté et financer la transition écologique permet de protéger le bien-être humain face aux chocs systémiques.
- Gouvernance mondiale et coopération multilatérale. La crise de la gouvernance nécessite le rétablissement de mécanismes de coordination adaptés à un monde multipolaire. Cela inclut la création de cadres de sécurité régionaux, de nouveaux accords technologiques et une coopération accrue pour gérer les biens publics mondiaux et les crises transfrontalières.
- Transition écologique et sobriété. L’écologie devient le socle d’une souveraineté réinventée. Il s’agit d’ancrer la transition dans un récit fédérateur exigeant justice sociale et sobriété, tout en développant une économie circulaire qui réduit la pression sur les ressources naturelles et renforce la résilience des États.
- Résilience des systèmes de santé et sociaux. Les systèmes de santé doivent être renforcés pour faire face aux menaces sanitaires et climatiques. La réponse doit inclure la lutte contre les inégalités de genre et de classe, ainsi que la protection des populations vulnérables face aux migrations climatiques et aux pénuries alimentaires.
- Anticipation prospective et innovation institutionnelle. Adopter une approche tournée vers l’avenir permet d’anticiper les cascades de crises plutôt que de subir les urgences. La prospective sert de cadre stratégique pour explorer des scénarios contrastés, développer des technologies émergentes responsables, comme l’IA, et innover dans les institutions politiques pour restaurer la confiance.
Rédigé avec l’aide de l’I.A. Claude Opus 5.5 (novembre 2026).
